Hubert TempêteLa macagna bastiaccia

Sa vie

Biographie d’Hubert Tempête

Vitrier à quatorze ans, facteur, pizzaïolo, patron de cabaret, et chansonnier pendant plus de soixante ans. L’histoire d’un Bastiais qui a fait de la macagna un art.

Hubert Tempête s’appelle en réalité Hubert Barbaggio. Il est né à Bastia, dans le quartier populaire du Puntettu, peu avant la Seconde Guerre mondiale. Près de quatre-vingt-dix ans plus tard, il monte encore sur scène. Entre les deux, il y a une vie entière de petits métiers, de cabarets, de chansons écrites au dos des cahiers, et une ville entière qui reprend ses refrains.

Quel âge a-t-il, exactement ?

Les sources ne concordent pas, et nous préférons le dire plutôt que de trancher. France 3 Corse écrivait en novembre 2018 qu’il « aura bientôt 80 ans » ; la même chaîne indiquait « 86 ans » en février 2026 ; Corse-Matin et le portrait de France 3 parlent de 87 ans. Sa naissance se situe donc quelque part entre 1935 et 1940. Aucun document d’état civil public ne permet de départager ces versions, et lui-même ne s’en préoccupe guère.

Un enfant du Puntettu

Son père, Albert Barbaggio, est pêcheur à Bastia. Sa mère est née à Livourne et arrivée en Corse à l’âge de sept ans : c’est elle qui lui fait découvrir les chanteurs populaires italiens, dont il gardera toute sa vie le goût de la mélodie simple et du refrain qui se retient.

Le gamin est un pitre. Il anime les mariages du quartier, fait rire les grands, et vers dix ans rejoint la Jeunesse ouvrière chrétienne, où il fait du théâtre. Il arrêtera le jour où ses camarades partiront pour la guerre d’Algérie. Lui sera réformé : il pesait quarante kilos.

Lire le récit de son enfance dans le Bastia d’avant-guerre.

Comment il est devenu « Tempête »

Le surnom lui vient de ses onze ans et d’un refus d’obéissance. Son père lui propose d’aller couper du bois pour l’hiver ; l’enfant décline et lance par la fenêtre qu’une tempête se prépare. Le lendemain, la tempête arrive. Le quartier, goguenard, ne l’appellera plus autrement.

L’histoire complète du surnom « Tempête ».

Les sifflets de la place Saint-Nicolas

Adolescent, il s’inscrit à un concours de chant sur la place Saint-Nicolas. Il attaque une chanson à la mode et perd sa voix en plein milieu. Près de trois mille personnes le sifflent. Il ne quitte pas la scène en courant : il leur répond, en substance, qu’ils peuvent siffler, et qu’on entendra parler de lui. C’est l’humiliation fondatrice, celle qu’il raconte encore soixante-dix ans plus tard, et qui a tout déclenché.

Mille métiers, une seule vocation

Il est vitrier dès quatorze ans. Il sera ensuite facteur le jour et chanteur la nuit, puis pizzaïolo, puis patron de cabaret. Aucun de ces métiers n’a jamais remplacé l’autre : ils se sont empilés, parce qu’il fallait vivre et que la chanson, elle, n’a jamais payé.

Vitrier, facteur, pizzaïolo : les métiers d’Hubert Tempête.

Le Ranch Mangano, 1973-1979

Dans les années 1970, il tient son propre cabaret à Ville di Pietrabugno : le Ranch Mangano, ouvert les vendredis et samedis seulement. Pour l’inauguration, il achète des bouteilles de champagne avec son fonds de caisse. Tout Bastia s’y presse, joueurs du Sporting compris. La fermeture, en 1979, le laissera au bord de l’abandon.

Le Ranch Mangano, cabaret mythique de Bastia.

Les premières parties des vedettes de passage

Bastia est une étape de tournée. Hubert Tempête a assuré les premières parties d’Hervé Vilard, de Joe Dassin et d’Annie Cordy, qu’il raconte sans en faire une gloire : il dit avoir toujours visé le statut d’artiste modeste plutôt que celui de vedette. Entre ces dates, il chante surtout aux mariages et aux baptêmes.

« Où vas-tu Bastia ? » et la consécration

En 1978, le Sporting Étoile Club de Bastia vit son épopée européenne. Hubert Tempête écrit Où vas-tu Bastia ?. La chanson devient un classique, et le titre une expression du langage courant à Bastia, pour parler de football comme de politique. Il a écrit des centaines d’autres textes, souvent posés sur des musiques connues — Aznavour, Lama, Brel — avec l’accord des interprètes d’origine.

Découvrir tout le répertoire.

Les disques, le livre

Il n’a jamais eu de carrière de disque, mais il a enregistré. Un disque public de 1976, gravé au Cinéma Le Paris de Bastia, une cassette des années 1990 enregistrée au Lido, et trois titres sur une compilation parue chez Olivi Music en 2011 : voir la discographie.

Et depuis 2025, un livre : Qui sème l’humour récolte du Tempête, écrit avec Marilou Albertini, qui réunit sa vie, ses textes et ses photographies.

La pizzeria, et le rythme d’un homme de quatre-vingts ans

En 1991, il ouvre la pizzeria Hubert Tempête, qu’il tiendra une trentaine d’années. On y mange, on y chante, trois générations s’y croisent. Gilles Simeoni la résumera d’une phrase le jour de la médaille : « la seule pizzeria où l’on ne payait pas la pizza ».

Cela ne l’a jamais fait descendre de scène. En janvier 2023, France 3 Corse lui consacre un sujet au titre explicite : 64 concerts en 60 jours.

Les dates clés

  1. 1935-1940Naissance à Bastia, quartier du Puntettu. Son père Albert Barbaggio est pêcheur. L’année exacte varie selon les sources.
  2. Vers 1947Entre dix et onze ans, il annonce une tempête par la fenêtre. Le surnom lui reste.
  3. Vers 1950Théâtre à la Jeunesse ouvrière chrétienne, premiers rôles comiques.
  4. Vers 1950Vitrier à quatorze ans ; premières scènes dans les cabarets de l’île.
  5. Fin des années 1950Débuts professionnels. C’est de là qu’il datera ses « soixante ans de carrière » en 2018.
  6. 1973-1979Il tient le Ranch Mangano, à Ville di Pietrabugno.
  7. 1976Premier disque, enregistré en public au Cinéma Le Paris de Bastia.
  8. 1978Épopée européenne du Sporting : il écrit Où vas-tu Bastia ?
  9. 1991Ouverture de la pizzeria Hubert Tempête, qu’il tiendra une trentaine d’années.
  10. Années 1990Le groupe I Mantini reprend A merria et le fait découvrir à une nouvelle génération. La cassette Tempête de rire sur la Corse paraît dans la même décennie.
  11. 2011Trois de ses titres figurent sur l’album U Fanale, chez Olivi Music.
  12. 29 et 30 novembre 2018Deux soirées anniversaire à l’Espace Charles Rocchi de Biguglia pour ses soixante ans de scène.
  13. 2025-2026Parution de son livre, Qui sème l’humour récolte du Tempête, écrit avec Marilou Albertini.
  14. 23 septembre 2026Médaille de la Ville de Bastia, remise par le maire Gilles Simeoni.

Les dates antérieures à 1973 sont reconstituées à partir des entretiens qu’il a accordés à la presse corse ; il n’a jamais tenu d’archives. Elles sont données à titre indicatif.

Un artiste sans fortune

Après une quarantaine d’années de cotisations, sa retraite est inférieure à sept cents euros. Il n’a jamais voulu accepter de galas pour l’argent, et assume ce choix : à ses yeux, on ne chante pas la misère quand on est riche. Il n’a pas lu de livres, s’est arrêté au certificat d’études, et invente ses propres expressions — ce qui ne l’empêche pas, dit José Oliva du groupe I Mantini, de citer des pages entières de Molière et de Racine.

Aujourd’hui

Il vit à Saint-Joseph, à Bastia. Il continue de tourner, oublie parfois ses paroles, et le public l’aime d’autant plus. Ses cahiers contiennent encore des dizaines de textes inédits. En septembre 2026, sa ville lui a enfin remis sa médaille. Interrogé sur ce qu’il aimerait qu’on retienne de lui, il a répondu : « Ma modestie. »

Sources

Page rédigée par Yvan Barbaggio — dernière mise à jour le .